Lac gelé de Lamoura, février 2016 -
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(re)composition archéologique - Field unrecording

Pour ne pas oublier ce qui est en train de disparaître

 

«Au départ j’avais l’intention de réaliser un enregistrement du phénomène sonore produit par un lac gelé. Lorsque les conditions météorologiques sont réunies,  le lac « hurle », comme le précise les personnes qui habitent tout près. Il craque, crisse, gronde… « hurle », oui ! Ce sont des sons très rapides, qui fusent, bref, c’est très beau. C’est un son que j’avais envie d’enregistrer déjà depuis quelque temps et l’invitation de Pia et Fabien tombait bien. Je voulais proposer un son de paysage sonore et c’était le son qui me semblait le mieux accompagner le travail d’image qu’ils proposaient pour leur installation. Pendant plus d’un mois, entre janvier et février, j’ai été en contact avec une personne qui habite à proximité d’un lac du Haut-Jura. Cet hiver, le lac a gelé à peine quelques jours et la couche de glace était trop mince pour que le phénomène se produise. Depuis quelques années ces phénomènes sont de plus en plus rares, les températures extérieures sont plus chaudes et les conditions rarement réunies pour qu’on puisse entendre quelque chose. Comme j’avais déjà proposé cette idée, j’ai décidé de produire malgré tout une pièce sonore qui soit la plus fidèle possible au son des lacs hurlants. J’ai pour ce faire écouté de nombreux enregistrements, j’ai utilisé des hydrophones, trouvé certains effets en bidouillant dans la salle d’éléctroacoustique du conservatoire de Bourges… j’ai mis en place une petite banque de sons qui me permette de reconstituer le son d’un lac gelé de manière la plus «  réaliste » possible. Ce travail était à la fois habité de ma frustration de ne pas pouvoir enregistré vraiment ce paysage sonore et en même temps ça a été une manière de me rendre sensible à son écoute, à travers l’enregistrement que d’autres en avait fait (voir notamment le très beau disque «Frozen Lake » de Marc Namblard ou encore les enregistrements de Boris Jollivet). J’ai senti pendant la réalisation de cette pièce que ma perception devenait plus active.

 

C’était aussi un travail d’écriture sonore, de (re)composition, comme un travail d’archéologie pour retrouver la manière dont les sons du paysage s’articulaient entre eux. Un peu comme les chercheurs qui aujourd’hui essaient de restituer le son produit par les dinosaures à partir de leurs squelettes.

 

Notes sur le travail extraite d’un entretien avec Laëtitia Toulout_ revue en ligne Point contemporain_ septembre 2016_ICI