Au départ, il y a la rencontre avec le Silbo, langage sifflé sur l’île volcanique de la Goméra (Canaries). Des vallées encaissées, des corps soumis aux conditions d’une géographie montagneuse. Sachant que la parole émise ne peut être comprise que dans les limites d’une distance raisonnable entre deux locuteurs, comment, malgré la distance et compte tenu de ce qu’il en coûte de se déplacer sur cette île, parvenir à communiquer ? En modulant les intonations rythmant la langue parlée par digitalisation. Littéralement. L’utilisation des doigts permet en effet de produire un sifflement suffisamment puissant pour être entendu et compris à plusieurs kilomètres de distance. La langue originaire, la prononciation de ses voyelles et consonnes, le chant de ses mots et phrasés se trouvent recodés. Le silbo n’est pas une langue mais bien une modulation particulière et située de la langue espagnole. Officiellement enseigné aujourd’hui dans les écoles de l’île, il permettait autrefois aux paysans de communiquer à large distance.

 

Et puis, cette anecdote : une enfant raconte que certains siffleurs, croyant être appelés par d’autres, ont été, en réalité, leurrés par des merles. Déployer cette histoire, imaginer des traductions plastiques pour faire passer les aventures singulières qui se nouent entre oiseaux & hommes. Pour des « il était une fois » où se mêlent l’inquiétude de la disparition et les promesses d’interactions riches de vies...

 

Les recherches menées dans le cadre du projet BreathSound se présente sous la forme d’un corpus de pièces hétérogènes (installations visuelles et sonores, photographies, dessins, vidéos...). Entre ces éléments, des connexions partielles desquelles émergent les questions qui m’intéressent : les relations entre son, langage et environnement, entre langage et musique, le brouillage des catégories et des sens, l’inquiétante  disparition des espèces et la joie de certaines histoires qui permettent de ne pas totalement perdre pied...