Formé à la peinture et à la gravure à l’Académie des Beaux-arts de Copenhague, Knud Viktor (1924-2013) s’installe au début des années 60 dans le Luberon. C’est en découvrant l’influence de la lumière sur le chant des cigales que l’univers sonore de cette région va le capturer. Si la curiosité scientifique anime sa démarche, c’est aussi l’urgence et la nécessité de « garder une trace de ces ambiances » qui le pousse à enregistrer sans relâche dès lors qu’il perçoit dès le début des années 70 que l’écologie de sa vallée est sérieusement menacée. Bricolant des dispositifs qui lui permettront de capter des sons imperceptibles, Knud Viktor se rendra témoin et explorateur minutieux d’un territoire duquel il ne sortira que très rarement et s’attachera à rendre compte des sonorités qui l’entourent en créant ses « images sonores », oeuvres territorialisées et abstraites, expressions de sensations dont la plus connue est Image VI (ou Symphonie du Luberon).

 

C’est cependant toujours en tant que peintre, poète ou sculpteur qu’il évoquera son approche et non en tant que musicien ou compositeur, marquant ainsi l’originalité et la singularité d’une démarche irréductible aux pratiques de la musique concrète et au seul domaine du son. A partir des années 80 en effet, Knud Viktor «retourne» à l’image et produit plusieurs vidéographies. Si cet aspect de son oeuvre est beaucoup moins connu, il n’en constitue pas moins un approfondissement de ses recherches sur les rapports troubles qu’entretiennent l’image et le son, marqué lui aussi par une approche davantage plastique que cinématographique. C’est ce dont témoigne Chambre d’Images, une installation muette pour quatre écrans dont la puissance génère auprès des spectateurs des sons imaginaires.

Qu’elles soient «sonores» ou «visuelles», Knud Viktor parviendra, par ses oeuvres, à révéler la banalité singulière du milieu dans lequel il se trouve, ce que cette « banalité » recèle d’extraordinaire, de richesse, de vie et de frémissement. Sa démarche témoigne d’un souci acharné de se rendre d’une toute autre manière sensible au monde, d’une prise de conscience du milieu naturel duquel nous faisons intimement partie : « L’homme n’est pas face à la nature, il est dedans ».

Le projet de thèse que nous proposons vise à établir une présentation systématique de son œuvre, à la situer dans son contexte culturel et à en faire sentir toute l’actualité. La recherche se construira autour de trois volets.

 

- Le premier volet, davantage « archéologique » consistera à explorer, remembrer et classer les archives de Knud Viktor et à en dégager une monographie établissant une présentation la plus systématique possible de son oeuvre.

- Le second volet sera consacré à la production d’un travail théorique visant à actualiser son oeuvre aux regards des questions artistiques, philosophiques, anthropologiques et scientifiques avec lesquelles elle résonne aujourd’hui. Il s’agira de déployer les intuitions de Knud Viktor en les mettant en regard des récentes recherches dans les domaines de la bio-acoustique et de l’éco-acoustique, à partir notamment de la notion de «niche acoustique» développée par Bernie Krause et Jérome Sueur. Ce cheminement permettra de situer et de discuter la notion de paysage sonore (Murray Shaeffer, Philippe Descola) en ajustant et précisant la place de l’oeuvre de Knud Viktor -souvent qualifié de «pionnier de l’écologie sonore» - au sein de cette constellation. En s’intéressant à l’aspect artistique mais aussi à l’aspect naturaliste et scientifique de son oeuvre, nous aborderons, les questions relatives aux nouvelles distributions des compétences entre mondes humains et non humains et aux effets de celles-ci sur la conception que nous nous faisons de la musique en nous basant entre autres sur les travaux de Edouardo Kohn, Bruno Latour et Hollis Taylor. Nous déploierons ces aspects en nous intéressant aux pratiques contemporaines du field recording mais aussi en nous appuyant sur les travaux de la philosophe des sciences Vinciane Despret à qui nous emprunterons la notion d’éthopoésie pour saisir et étoffer l’une des grandes originalités du travail de Knud Viktor : dans le même geste, mêler l’exploration naturaliste approfondie d’un territoire et la traduction/ expression poétique des événements qui le peuplent.

- Le troisième volet consistera à créer des objets «médiateurs» permettant une diffusion plus large de sa démarche

(voir ici - visuels et informations)

Ce projet de thèse s'appuie sur les recherches menées par le collectif NightOwl, en étroite collaboration avec Olivier Crabbé. En savoir + sur le projet_ICI

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Trained in painting and engraving at the Academy of Fine Arts in Copenhagen, Knud Viktor (1924-2013) settled in the early 60s in the Luberon. It is by discovering the influence of the light on the song of the cicadas that the soundscape of this region will capture it. If scientific curiosity drives his approach, it is also the urgency and the need to «keep traces of these atmospheres» that drives him to record relentlessly since the early 70s when he perceives that the ecology of its valley is seriously threatened. Fixing some devices that will allow him to capture imperceptible sounds, Knud Viktor explores a territory from which he will rarely come out and will focus on capturing the sounds that surround him by creating his «sound images», territorialized and abstract works, expressions of sensations of which the best known is Image VI (or Symphony of Luberon).

 

However, it is always as a painter, poet or sculptor that he will evoke his approach and not as a musician or composer, thus marking the originality and singularity of an approach irreducible to the practices of concrete music and to the only sound field. From the 80’s, Knud Viktor «returns» to the image and produces several videographies. Although this aspect of his work is much less well-known, it nonetheless constitutes a deepening of his research on the disturbing relationships between image and sound, which is also marked by a more plastic approach. This is evidenced by Chamber of Images, a silent installation for four screens whose power generates spectators sounds imaginary.

Whether they are «sonorous» or «visual», Knud Viktor will succeed, by his works, to reveal the singular banality of his immediat environment, what this «banality» contains extraordinary, wealth, life and and shudder. His approach demonstrate a relentless desire to visit the world in a totally different way, to become aware of the natural environment of which we are an integral part: «Man is not faced with nature, he is in».

The thesis project that we propose plan to set up a systematic presentation of his work, to locate it in its cultural context and to actualize it. The research will be built around three components.

 

- The first part, more «archaeological» will consist in exploring, rematching and classifying the archives of Knud Viktor.

- The second part will be devoted to the production of a theoretical work to actualize the artistic, philosophical, anthropological and scientific questions with which it resonates today. It will be a question of deploying Knud Viktor’s intuitions by comparing them with recent research in the fields of bio-acoustics and eco-acoustics, notably from the notion of «acoustic niche» developed by Bernie Krause and Jerôme Sueur. This path will allow to situate and discuss the notion of soundscape (Murray Shaeffer, Philippe Descola) by adjusting and clarifying the place of the work of Knud Viktor - often qualified as «pioneer of sound ecology» - within this constellation. By focusing on the artistic aspect but also on the naturalistic and scientific aspect of his work, we will address the questions related to the new distribution of skills between human and non-human worlds and the effects on our musical conception (based on the works of Edouardo Kohn, Bruno Latour and Hollis Taylor). We will unfold these aspects focusing on the field recording contemporary practices but also basing on the science’s philosopher science Vinciane Despret’s work to whom we will borrow the notion of ethopoesia to grasp and flesh out one of the great originalities of Knud Viktor’s work: to combine, in the same gesture, the deep naturalistic exploration of a territory and the poetic translation / expression of the events that populate it.

- The third component will consist in creating «mediator» objects allowing a wider diffusion of its approach. (see here - visuels et informations)